Avec l’aide des Centres de développement des connaissances(KDC), la jeunesse des Philippines se mobilise pour contrôler la passation des marchés publics
Le réseau KDC permet aux étudiants philippins de participer à une initiative de la société civile destinée à combattre la corruption en traquant les irrégularités sur internet.
Liens connexes
Documents (a)
"Transparency in Public Procurement" (pdf) - Primer | Module
Conçus à l'origine comme des interfaces pour la recherche et le partage des connaissances, les KDC sont devenus des centres chargés de promouvoir une bonne gouvernance et une tolérance zéro à l'égard des pots-de-vin et de la corruption.
Le réseau des KDC a organisé plusieurs sessions de formation ainsi que des groupes de discussion. Leur objectif était de promouvoir la transparence au sein de l'administration locale en apprenant aux jeunes à utiliser internet pour contrôler les activités de passation des marchés.
Les jeunes ont ainsi appris à repérer sur internet les irrégularités au niveau des appels d'offres et à exiger la transparence dans la passation des marchés publics locaux.
18 février 2009 —Dans le laboratoire informatique de l’Université Silliman, à Dumaguete, 20 étudiants sont penchés sur leur écran d’ordinateur, occupés à étudier le fonctionnement du Système électronique de passation des marchés publics du gouvernement philippin (PhilGEPS).Le logiciel leur donne accès à l’ensemble des activités de passation des marchés du gouvernement. C’est également l’occasion pour eux de participer à une initiative de la société civile destinée à combattre la corruption en traquant les irrégularités sur internet.
Quelques heures plus tôt, un groupe de discussion leur a permis de comprendre quel rôle ils pouvaient jouer, en tant qu’étudiants, afin de promouvoir une bonne gouvernance. Ils ont aussi découvert le kit de formation aux marchés publics spécial jeunes (voir l’article sur ce thème), qui inclut une bande dessinée et une vidéo sur YouTube. Il s’agit d’un kit développé par une équipe de l’Université Silliman et supervisé par le Comité gouvernemental des politiques relatives aux marchés publics (GPPB).
Leçons de transparence
Ce programme de formation d’une journée, intitulé « Exercising Citizenship in Transparency in Local Government Procurement » (« Exercer sa citoyenneté en exigeant la transparence dans la passation des marchés de l’administration locale »), a eu lieu le 3 octobre 2008 à l’Université Silliman, dans le cadre d’une animation organisée par le Centre de développement des connaissances (KDC) de l’université. Il est conçu pour permettre aux jeunes d’intervenir dans la prise de décision, dépister la corruption et exiger la transparence grâce à une surveillance en ligne des marchés publics. Ce programme est le dernier d’une série de cinq sessions de formation qui ont eu lieu, entre août et octobre 2008, dans cinq KDC situés sur l’ensemble du territoire national : dans les Universités Ateneo de Naga, Notre Dame à Cotabato, San Carlos à Cebu, Saint-Paul à Tuguegarao et à l’Université Silliman. Au total, une centaine d’étudiants ont appris à utiliser le site internet du PhilGEPS.
Dirigé par Mark Garcia, responsable du Bureau de l’information et des publications à l’Université Silliman, le projet a vu le jour grâce à une bourse de 48 500 dollars de la Banque mondiale, attribuée au KDC de l’université.Cette bourse devait permettre au Centre de développer un outil de sensibilisation visant à faire connaître au grand public le Rapport sur le développement mondial 2007 : « Le développement et la prochaine génération », en particulier le chapitre 7 qui porte sur « l’exercice de la citoyenneté ». Le projet a été récompensé pour les idées innovantes qu’il suggérait afin de rendre le Rapport accessible et intéressant pour les jeunes. Il a également su mobiliser la jeunesse en vue de promouvoir la transparence dans les marchés publics des administrations locales.
Réactions des participants
À la fin de la journée, les étudiants des différentes facultés et universités de Dumaguete avaient pleinement pris conscience du fait que le savoir peut avoir un impact réel. « J’ai été vraiment étonnée de découvrir, a déclaré Jela Mae Tanilon, que même une simple étudiante comme moi pouvait faire pression sur le gouvernement et lutter contre la corruption. »
« Apprendre à contrôler les marchés publicsdevrait être obligatoire pour toutes les organisations, toutes les administrations locales, et même pour les sociétés », insiste Lynn Francine Batalan de l’Université Foundation.Jaw Miles Wilsim a déjà les yeux tournés vers l’avenir : « Nous devons aider à résoudre, à notre modeste échelle, le problème majeur de notre gouvernement, la corruption.Nousdevons être partie prenante de la solution, plutôt que du problème ».
Le réseau des KDC
Les Centres de développement des connaissances (KDC) ont été mis en place par la Banque mondiale, en partenariat avec les principales universités publiques et privées de 11 villes parmi les plus importantes du pays. Leur objectif : permettre à tous les acteurs concernés – gouvernement, secteur privé, ONG, agences de développement, médias et institution universitaire – d’accéder aux travaux de recherche et à l’information concernant le programme de développement.
Les 11 KDC sont situés à l’Université Silliman à Dumaguete, l’Université de San Carlos à Cebu, the University of Eastern Philippines à Davao, l’Université publique du Mindanao occidental à Zamboanga, l’Université Notre Dame à Cotabato, l’université Saint Paul à Tuguegarao, l’Institut asiatique de gestion à Makati, l’Université Ateneo de Naga, l’université publique de Palawan, l’université des Philippines centrales à Jaro, Iloilo, ainsi que dans les bureaux de la Banque mondiale à Pasig.
Tolérance zéro envers les pots-de-vin et la corruption
« Dans un premier temps, les KDC ont été conçus comme des interfaces pour la recherche et les connaissances », explique Moira Enerva, membre du service de l’information publique et interlocutrice privilégiée de la Banque mondiale pour les questions concernant les KDC. « Cependant, en 2007, après un atelier de formation organisé conjointement par le réseau Transparence et responsabilité et le Comité gouvernemental des politiques relatives aux marchés publics, les membres du réseau KDC se sont engagés à promouvoir une bonne gouvernance.Leurs plans d’action et leurs propositions pendant l’assemblée annuelle des KDC ont permis de définir une orientation commune : promouvoir la tolérance zéro envers les pots-de-vin et la corruption. »
L’initiative des KDC, consistant à contrôler la passation des marchés publics,se compose de trois éléments :
I SpeakNow (Je parle maintenant), un forum de discussion en anglais sur internet où les jeunes échangent sur les problèmes actuels et la manière dont ils peuvent améliorer la gouvernance.
Des discussions de groupe menées auprès de la jeunesse descolarisée, ayant pour thème les questions locales, nationales et internationales, ainsi que des ateliers de développement destinés à donner à ces jeunes les moyens de s’exprimer.
Former des étudiants bénévoles au contrôle en ligne des marchés publics.
Les KDC des Universités Silliman et Saint-Paul ont déjà commencé à intégrer le contrôle de la passation des marchés publics dans leur cursus. Des discussions sont également en cours avec des groupes de la société civile afin d’étendre le projet.
« En fin de compte, ajoute Mme Enerva, le résultat de cette prise de conscience et de cette autonomisation des jeunes sera, espérons-le, une meilleure gouvernance locale basée sur la transparence et la responsabilité sociale ».